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Association de Vol Libre de Nouvelle Calédonie

Traumatismes vertébraux en parapente

PARAPENTE et TRAUMATISMES du RACHIS par le docteur B.Simonet
(article dédié à Aziz)

(Rachis = colonne vertébrale: www.medecine-des-arts.com/Le-rachis-Generalites-Anatomie.html)

C’est le risque majeur de notre sport du fait de la hauteur de chute, de la relative fragilité des vertèbres que traverse la moelle épinière ; l’étape secouriste, qui revient donc aux témoins est primordiale, pour éviter l’aggravation et la déstabilisation (c’est-à-dire faire qu’une fracture vertébrale qui n’aurait pas lésé la moelle n’évolue vers une atteinte de celle-ci ) et pour alerter les secours de la façon la plus adaptée.

Epidémiologie:
La grande particularité de l’accident de parapente sur le plan lésionnel et ce qui fait souvent le pronostic fonctionnel, c’est la fréquence des lésions rachidiennes. Elles représentent suivant les séries 26 à 60 % des accidentés.( 34% en 2011 sur les déclarations FFVL). Dans 1 cas sur 2 la charnière dorso – lombaire est concernée.
On constate plus d’accidents à l’atterrissage ( 50% environ) qu’au décollage ou en vol ( 25% + 25%) avec prédominance des lésions des membres inférieurs / rachis , mais la gravité en est généralement moindre : choc à basse énergie, jambes plus exposées car souvent préparées à l’amortissement ).
Au décollage ou en vol, prédominance des lésions rachidiennes / membres inférieurs , avec traumatismes à haute énergie aggravés par deux éléments:

– La mauvaise position lombaire dans les sellettes contraint les disques intervertébraux en une courbure non physiologique (cyphose) qui les rend inefficaces lors du crash, avec peu ou pas d’amortissement ; c’est la vertèbre qui encaisse et rompt.
– La difficulté de se relever avec certaines sellettes ( 60% des accidentés assis lors de l’impact ). Les jambes sont de ce fait totalement hors jeu pour amortir le choc.

Il s’agit d’un problème de santé publique avec une moyenne d’âge de 30 ans et les conséquences sociales et humaines que cela comporte, du fait de la perte d’autonomie éventuelle.
La prévention passe par l’adéquation entre les capacités du pilote et de son matériel aux conditions aérologiques ; l’amélioration des sellettes -mousse bag/airbag- a été un pas en avant (mais ces dispositifs restent peu efficaces sur les impacts latéraux), l’allégement du matériel qui permet de gagner en vivacité et d’utiliser les jambes pour protéger la colonne ont sans doute diminué le nombre de lésions vertébrales et donc médullaires sans les supprimer pour autant.

Jusqu’à preuve du contraire :
– Tout polytraumatisé présente une fracture du rachis.
– Tout blessé comateux a une fracture du rachis.
– Toute fracture du rachis est instable (c’est-à-dire qu’une manipulation intempestive peut entrainer une lésion de la moelle épinière).

Reconnaître l’atteinte du rachis :
– Notion de grande hauteur de chute ou décélération brutale.
– Ne pas se contenter de rechercher une douleur spontanée ressentie par la victime ( en sachant que celle-ci peut être masquée ou dominée par celle d’une autre lésion ).
– Rechercher une douleur à la palpation des épineuses.

Reconnaître une atteinte de la moelle épinière devant :
– Une atteinte motrice : impossibilité de flexion – extension des mains et des pieds, impossibilité de serrer les mains ou diminution de la force de serrage.
– Une atteinte sensitive : fourmillements, absence de sensibilité ou de réaction au pincement. En gros : C3 = clavicule T4 = mamelons T10 = ombilic
L’appréciation du niveau de la lésion est primordial avec les signes et les conséquences motrices mais aussi l’incidence sur les différentes fonctions, de haut en bas : problèmes cardiovasculaires ( > T4), respiratoires (T4), digestifs , urinaires et sexuels.
Prise du pouls : une bradycardie ( Fc T4 )

IMMOBILISATION :

Préalable à tout geste:
– Maintien bimanuel (et non traction ) de la tête en rectitude . Si nécessité de PLS , soutien par appui latéral.
– Cela passe aussi par la neutralisation de la voile (surtout si appel à l’hélico ).
– On garde sellette et casque sauf si on sait l’enlever sans danger ou que l’on est sûr de l’intégrité de la colonne cervicale (sujet conscient).
– Couverture de survie ou voile car le risque d’hypothermie est important ( comme chez tout blessé , mais ici risque de troubles de la régulation thermique si lésion haute )

EN PRATIQUE :

En cas de suspicion de traumatisme vertébral et/ou médullaire, par les circonstances ou les symptômes: appel au Centre 15. (médullaire = moelle épinière)
Le traitement est la stabilisation chirurgicale des lésions dans les 4 heures ( 6 heures au plus) ce qui implique la demande de l’hélico .
Cette demande ne se discute même pas si il existe des signes neurologiques et excluent le passage par une structure ne disposant pas d’un Centre de Référence (c’est-à-dire disposant d’une équipe de neurochirurgie).
Bien évidemment appel des Pompiers locaux pour immobilisation correcte ( Collier Cervical / Coquille ) voire le GRIMP si accès difficile ou milieu instable . (on ne parlera pas ici des spécificités de l’immobilisation en matelas coquille en cas de fracture du rachis)
Le problème le plus épineux à mes yeux est celui du blessé conscient qui présente, suite à un impact sur le dos ou les fesses, une douleur dorsale d’intensité variable, qui en minimise l’importance pour différentes raisons, qui se relève péniblement malgré les conseils des témoins et qui peut avoir, bien qu’il marche et ne présente pas de déficit neurologique, une lésion osseuse qui risque de se déstabiliser secondairement et entrainer des séquelles neurologiques

3 Comments

  1. Concernant les air bag, je pense qu’il est dangereux de vouloir les utiliser comme un coussin amortisseur. Combien de pilote débutants ou confirmés voit-on atterir sur les fesses pendant des atterissages scabreux se disant que l’air bag fera son effet ? Atterir sur les jambes quand c’est possible est selon moi la meilleure solution.

    • J’ai fait un atterro « scabreux » samedi dernier au Parc de la Rivière bleue. Trop court pour atteindre la piste, j’ai du poser dans le maquis minier. J’ai vu, (horreur !) un énorme et unique rocher juste dans mon axe au dernier moment. J’ai mis les jambes en avant pour amortir le choc avec le rocher mais la voile s’est enfoncée juste avant et j’ai posé sur le cul juste 1 mètre avant le rocher. J’ai entendu un gros ‘Pfouit » sous mes fesses et je bénie l’inventeur de l’Air Bag car je n’ai rien eu au dos. Cela dit, tu as raison, en dehors de mon cas extrême, les jambes constitue le meilleur amortisseur.

  2. Tu as raison de tenter d’amortir avec tes jambes mais ce que je voulais dire (je me suis sans doute mal exprimer) c’est qu’il ne faut pas prendre le réflexe d’attérir sur les fesses. L’air bag est selon moi un plus non négligeable d’un atterissage scabreux avec les jambes pour amortisseur.

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