Ce parapentiste vole le long d’une crête à Ténériffe, il est face à un vent de 10 km/h, aérologie d’après-midi. Il est à la hauteur de la crête et vole pour rejoindre le côté plus au vent en passant des lignes de crêtes perpendiculaires au relief qu’il suit.
Un premier incident de vol (fermeture frontale ?) ou pas, surprend le pilote qui part sur un décrochage avec une grosse bascule du corps vers l’arrière. La remontée des mains est dissymétrique, ce qui engendre une abattée vers la droite et une belle cravate à droite. L’autorotation qui s’ensuit est immédiate. Le surpilotage (action aux freins inadéquate entraînant une cascade d’incidents) qui suit finit par provoquer un 2ème décrochage qui enlève la cravate. Le pilote perd alors sa poignée droite, ce qui «permet» à la voile de revoler sans être surpilotée.

L’analyse et les conseils de Jérôme Canaud:jerome-canaud-2
L’analyse aérologique du pilote est correcte, vent de face (brise générale), on distingue un vent météo (nuages brossés vers la gauche) venant de la gauche mais à mon avis beaucoup plus haut et ayant peu de conséquences sur le vol, des pentes orientées au soleil générant des brises et un appui «dynamique». Donc oui, les crêtes perpendiculaires peuvent générer des turbulences, et aussi globalement des déclenchements thermiques plus forts peuvent avoir lieu (type de terrain, soleil, zone sous le vent,…).

Choix du cheminement
Au vu de l’analyse aérologique, le choix du type de cheminement me surprend. On voit que d’autres pilotes ne choisissent pas la même trajectoire. Un est plus haut (au dessus du relief) et plus dégagé en plaine. Le 2ème est plus bas et plus éloigné du relief et plus en avant (il est déjà dans la zone au vent je pense).
La 1ère possibilité plus lente mais plus relax est de monter en thermique avant d’avancer pour se trouver dans des zones loin du relief, plus confortables.
La 2ème technique pour remonter une crête face au vent est de se coller au relief pour bénéficier de la brise de pente et aussi du gradient de vent (qui nous contre). Beaucoup plus rapide mais demande d’être extrêmement attentif car on est près du sol. Cette technique demande de l’expérience.
Ici, le pilote choisit une solution intermédiaire, c’est-à-dire un vol à hauteur de crête en s’éloignant un peu. Qui peut rassurer mais n’est pas l’idéale.
On remarque aussi que le pilote souhaite avancer mais que sa trajectoire est plutôt descendante, c’est-à-dire qu’il descend sous la ligne de crête, donc se retrouve au fur et à mesure sous l’influence des crêtes qu’il doit franchir.
Il fait une bonne analyse aérologique mais n’en tient pas compte sur son cheminement : trop d’optimisme, trop sûr de lui, méconnaissances?

Le pilotage
Dans l’ensemble, l’air n’est pas trop turbulent, par contre, on voit beaucoup d’actions aux freins pendant ce cheminement. En regardant les images, 2 éléments ont de l’importance et sont liés : le surpilotage et le déséquilibre du corps.
Lors du 1er décrochage, le corps ressent une très grosse bascule arrière (pieds plus hauts que la tête), cela va engendrer dans la plupart des cas un appui réflexe sur les commandes donc du surpilotage. Le déséquilibre du corps, aussi latéral, entraîne une abattée vers la droite, cause de la cravate.
Pour sortir de ce type de cravate, le décrochage (ou au moins la « marche arrière » ) est nécessaire. C’est là qu’une bonne analyse de la hauteur et l’expérience permettent d’envisager le décrochage sinon c’est secours.
Sur cet incident (cravate), c’est bien le surpilotage qui a engendré un 2éme décrochage permettant la sortie de la cravate. Et le fait que le pilote perde sa commande a évité un 3éme surpilotage et a permis à la voile de revoler !!!
Ne pas hésiter à avoir des appuis fixes pour éviter que le corps parte dans tous les sens (se guider sur les élévateurs, ne pas écarter les mains, en marche arrière se « tenir » au niveau des maillons »,…des techniques que l’on apprend en stage SIV.

Un point important en pilotage (thermique, wagga, voltige,..) est d’apprendre et être capable de désolidariser les mouvements de son corps (déséquilibres, appuis sellette, rotation de la tête, …) et les mouvements de bras (pilotage, commande extérieure, débattement des commandes, rapidité d’exécution… Il faut donc tenir compte de la sellette (modèle, planchette ou pas, taille, position), les réglages…

Remarque sur le « surpilotage »
Quand la voile est sortie du domaine de vol (décrochage par exemple), le surpilotage qui entretient la voile hors du domaine de vol se fait avec très peu de commandes. On pense souvent à tort que le surpilotage a lieu avec les mains très basses. Un exemple d’une manoeuvre de voltige entretenue avec très peu de commandes est l’hélicoptère. En hélicoptère, la voile est en parachutale maintenue, et un déséquilibre peu marqué des commandes permet une rotation sur l’axe de lacet. La voile reste hors du domaine de vol avec très peu de commande.