Blog AVLNC

Association de Vol Libre de Nouvelle Calédonie

Month: novembre 2013 (page 1 of 2)

SIV au lac Barambah

Et si on faisait la même chose que les australiens sur le lac de Yaté !

Lake Barambah

Bon vent Nosy Bé

DSC04876

Nosy Bé vous quitte

Ce petit mot pour vous dire au revoir puisque nous prenons la mer dimanche pour la Nouvelle-Zélande, avec notre voilier Nosy Bé. Notre escale calédonienne aura duré quatre années qui seront passées très vite, la majorité de nos loisirs étant orientée vers l’apprentissage du vol libre qui nous a également permis de vous connaître et de vous apprécier. D’ailleurs, nous ne sommes pas encore partis que vous nous manquez déjà, c’est dire !

Bonne continuation à vous, et peut-être nous recroiserons-nous sous (dans !) d’autres cieux ?
Amicalement,

Catherine et Bruno

Pour ceux qui voudraient nous contacter : voilier_nosy_be@hotmail.com

Le p’tit Mont Dore de fin de semaine….

Ce n’est pas du tout pour faire envie à ceux qui n’étaient pas là!
Non, non! vraiment pas…

Le Blog du team Berod

Cliquer sur le lien suivant pour suivre les aventures du team Berod:
https://jcbobo.no-ip.info/nouvelle-caledonie

Pour demain, surveillez vos SMS, ça sent le Dzumac !

Soirée club AVLNC

l’AVLNC vous propose une soirée au club demain
vendredi 22 novembre à partir de 18h30.
Cette soirée sera l’occasion de désigner les vainqueurs du concours photo et d’arroser les premiers passages du Mont Mou ainsi que les superbes vols de Xavier
sur Bourail et Poya.
De plus, Patrick Berod, Champion du monde de parapente en 2001, nous fera l’honneur de sa présence.

Alors, n’oubliez pas, soyez tous présents demain pour passer vos drinking infinity tumbling

“Doarama” pour visualiser les traces GPS

Voici un autre moyen de visualiser les traces GPS au format IGC, avec une application très bien adaptée au parapente : www.doarama.com

On se promène facilement, on accélère et on freine quand on veut, et on voit bien où se trouvent les thermiques 🙂

Exemple pour la balade à Poya

L’application supporte à présent plusieurs traces en simultané. Utiliser avec Mozilla.

Nuage spatio-temporel

Cher Luc,

Mea Culpa, c’est bien moi qui avait envoyé les 4 SMS en expéditeur caché.
J’espère que cette blague vous a bien amusé.
Tu trouveras ci dessous une photo de l’un de vous 4, à la sortie du nuage spatio-temporel que j’avais commandé à Hollywood.
C’est exactement le même que celui qui avait servi pour le tournage du Nimitz, et c’est pourquoi j’ai pu me permettre de l’avoir d’occasion, à prix cassé.

Bien à toi
Théo

Vortex spatio-temporel

Poya par les airs

Au risque de lasser, un 3eme record de distance est tombé.
Xavier a atteint Poya,soit 165kms pour 6 heures de vol.
Voir sa trace XContest en cliquant sur la photo ci dessous

Plané final sur la plaine de Poya

A ce rythme, Koumac devient moins inaccessible que l’on ne le pensait !
Bravo Xavier

Luc a publié un nouvel article sur le blog AVLNC. Bonne lecture!

Envoyé de mon iphone 12S par antidatation.
I
La rue Louise Maignan est un de ces chemins de brousse qui ne vous laissent pas indifférents. Est-ce son petit côté « bout du monde » ? Est-ce le parfum subtil de niaouli qui pointe sous celui, plus brutal, des quelques têtes de bétail? Les cris d’enfants qui l’environnent ? Ou tout simplement la végétation exubérante et le grand air qui y circule ? Peut-être est-ce un peu de tout cela.
Sur les bords de celle-ci se trouve un bâtiment sans prétention. Quatre murs et un toit. Le drapeau, la fourgonnette bleue et les képis qui s’agitent autour, semblent tout droit sortis d’un décor de film à Saint Tropez. C’est le problème des franchises ; à vouloir formaliser les concepts, on finit par imposer le même model aux quatre coins du globe. Oui, je sais, il n’y a pas de coin sur un globe. Mais il peut y avoir des trous. Et c’est à Koumac qu’il se trouve, le gendarme…
Sur la façade de cette bâtisse de charme se trouve une petite lucarne en hauteur, elle est garnie de barreaux. Passons de l’autre côté.
Les murs sont gris et humides, l’air y est imprégné de l’odeur douçâtre des lendemains de fête. La lumière pâle d’un néon incertain se répand sans pitié sur ce qui ne demandait qu’à rester dans l’ombre ; la tristesse, l’ennui, la révolte, la détresse, la culpabilité, le remord parfois, le regret rarement, la misère toujours. Le tout mélangé par les pales paresseuses d’un brasseur d’air brinqueballant et couinant dans la moiteur épaisse de cette cage à tristesse.
Ils n’étaient que quatre locataires, ce soir-là, à partager la cellule. Assis, tête baissée pour ne pas toucher la barre du lit superposé. Quatre gusses hagards. Quatre gaillards bien différents mais couverts de la même poussière rouge, avec les mêmes cheveux hirsutes, la même bouche béante et l’œil vide. Perdus. Le silence avait bien vissé son couvercle sur la scène, on entendait presque marcher les cafards. Derrière la grille, deux doigts venaient frapper sur une vielle machine à écrire. Lentement, irrégulièrement. C’était le rapport qui prenait forme. Le brigadier cherchait, un peu, les lettres sur son clavier, mais il cherchait surtout les mots pour traduire la situation. Dehors, une lumière d’acier flottait sous un ciel de plomb. Inhabituel pour la saison. Même les chiens se taisaient. Seul le bruit des doigts martelant les touches venaient se perdre dans cette atmosphère oppressante.
A côté du brigadier étaient entreposés quatre gros sacs appartenant aux locataires de la cellule. « Des parapentes qu’ils appelaient ça ! Jamais vu avant. Un blanc, un rouge, un noir et un vert. Non contents de leur histoire rocambolesque, ils étaient tombés du ciel… Ils affirmaient qu’ils ne savaient pas comment ils avaient atterri ici… Que les conditions météo ne permettaient pas d’accomplir un vol pareil ce jour-là… Oui, ils se connaissaient… Non, ils n’avaient pas pris le même cap au départ du Dzumac… Un vers les Koghi, Deux autres vers le Mont Mou et le dernier avait tenté d’atteindre Gadji… Et puis il y avait eu les nuages… Le nuage. »
Et il y avait surtout ce satané rapport à rédiger… Comment relater des faits quand ils sombrent dans l’inénarrable ? Pourquoi citer des fous qui font fi de la raison ? Des vat en l’air ! « In vino veritas… » Le brigadier leva son verre à l’épopée rocambolesque des quatre zigotos assis au placard et dont il devait conter l’histoire.

II
« Vous avez un nouveau message ». 9 h 30, un œil sur le ciel, l’autre sur le portable. Aucun doute sur le contenu du message : ce sera un rendez-vous au golf de Dumbéa à 11 h pour une bonne partie de jambe en l’air. Une cinquantaine de parapentistes ont ressenti la même vibration dans la poche accompagnée du même espoir : une belle journée de vol libre à tutoyer les oiseaux, orbiter dans des spirales orgasmiques au cœur de larges et généreux thermiques, gratouiller les barbules d’un petit cumulus, partir en transition vers le prochain atterro. Non, vers le prochain thermique et, recommencer…
Comme d’habitude je prépare mon sac : l’aile, la sellette, le secours, un pull, un casque, une bouteille d’eau et mon vario. Comment tant de plaisir peut tenir dans un seul sac ? J’ai l’impression d’avoir oublié quelque-chose ; mais non… Il y a tout. Il n’y a plus qu’à poser l’aile dans le coffre, faire la bise à la petite famille qui a la gentillesse de me laisse aller jouer avec mon chiffon sans me secouer les plumes. Et zou ! En route pour les nuages.
*
Nous ne sommes que quatre à nous retrouver au parking du golf. Bizarre, les conditions sont idéales et le parapente est une discipline qui ne regroupe pas vraiment les accros du boulot… Où sont-ils donc, tous ? Qui a envoyé le message ?
Paul, qui s’en charge habituellement, nous dit que le SMS ne vient pas de lui cette fois ci. Décidément, on patauge dans le loufoque… Un rapide coup d’œil sur nos portable ; appel masqué. Quatre destinataires uniquement. Il y a donc un petit blagueur parmi nous (pas très sympa pour les quarante-six autres parapentistes qui vont aller s’entasser au Ouen-Toro ou à Gadji). Mais personne ne se dénonce. « C’est pas moi, c’est pas moi, c’est pas moi et c’est pas moi »… Le compte y est, on peut monter ?
Dans le 4X4 de Michel, les conversations tournent autour des amortisseurs, cardans, pneus et autres organes mécaniques qui souffrent autant que nos derrières sur cette piste en pierres, en bosses, en trous et en ornières. On en profite pour observer le ciel et le frémissement des feuilles dans le vent. L’air est accueillant aujourd’hui. Aucun n’ose le confier mais tous fantasmons sur le vol à venir. « Qui sait ? Je vais peut-être battre mon record aujourd’hui ? »
Si peu de monde au déco, c’est quand même rare… Aucune pression pour prendre sa place sur le bidim, on tiendrait presque à quatre de front. Comme souvent, j’ai du mal à réprimer mon envie de voler. Je sors mon aile du sac et l’étale, l’étire, la réveille. La bouteille d’eau est dans la sellette, le parachute de secours est connecté ; il n’y a plus qu’à s’harnacher. Faire corps avec l’aile. Un pied dans l’accélérateur, les élévateurs avant dans la main gauche, les arrières dans la main droite et les freins en dragonne autour des poignets. C’est l’instant du doute. Du flottement. Une petite traction sur les avants. Qui de l’aile ou du pilote emmènera l’autre ? Hésitation, valse, retournement, contrôle, décollage…
Quel plaisir de se glisser dans l’air. Le vide devient matière et le vent sur le visage sera l’unique confident de ce moment suspendu. Je prends mes aises dans la sellette, règle le volume de mon vario qui a toujours tendance à chanter un peu fort les mètres que nous gagnons. Une pression à gauche et c’est parti pour le premier appui sur le relief. Les pompes de service font bien leur boulot et le pressentiment devient une certitude : la journée va être bonne !
Paul et Michel ont déjà décollé. Il ne reste que Gabriel qui se prépare. Il ne sera pas long à se mettre en l’air mais il ne part jamais sans avoir absorbé son jambon beurre d’usage avec sa pomme et son coca. Certains rites ne supportent pas l’approximation.
Nous sommes donc quatre à nous partager ce beau morceau de ciel bleu. Quelques gentils cumulus, un plafond à 1500 mètres et une légère brise de Sud-Est à 15 km/h. C’est une définition possible du bonheur. Nous sommes bien décidés à nous en payer une belle tranche !
C’est quand même curieux cet appel pour quatre.

III
900 mètres. Ça commence à sentir bon le départ en cross… Gabriel est déjà loin devant. Tenterait-il une traversée vers Gadji ? C’est le pro des itinéraires tordus, il ne se contente jamais des routes tracées. Pour filer en ligne droite vers la plaine, il faut être capable de ressentir et d’enrouler de tout petits thermiques, de partir en transition en ayant « vu » où était la prochaine pompe, de voler bas et d’atterrir sur d’improbables mouchoirs de poche. Tout ce qui amusait Gabriel. Tout ce que nous tentions désespérément d’éviter.
– Luc de Gabriel, Ca à l’air de tenir un peu partout aujourd’hui
– Yes ! c’est régalade… Eh ! Paul est déjà en transition dans la vallée de la Dumbéa. Alors, tu la joues Koghi aujourd’hui ?
– C’est ça ! Je vais tenter un départ vers le Sud en espérant que la bascule prévue à l’Ouest m’aide un peu. Luc et Michel, vous avez choisi la route historique ? Le sentier des pèlerins du cross Calédoniens… N’ouvrez pas les portes, elles le sont déjà toutes depuis longtemps !
– Ouais… Moque-toi… On en reparle après ton atterro. Pense à te mettre debout sur la machine à laver sinon ça passe mal quand on est à la Foa…
Et la radio revient à son mode idéal : silence… Ne reste que le bruit de l’air rythmé par le lent tempo du vario. Instant infini. Concentré de plénitude. L’aile mord dans un thermique, les suspentes en parlent aux élévateurs qui le répètent à la sellette qui en informent mon derrière (siège de l’intelligence chez le parapentiste). J’amorce une spirale, l’ascension commence, le ciel m’accueille. Cap sur Erambéré où Michel est déjà entré dans l’ascenseur.
« Quelle douceur ! Les conditions sont similaires à un vol de restitution alors qu’il est midi… C’est presque étrange. Mais que c’est bon ! Quand même… Deux vers le Nord, un vers le Sud et un autre vers Gadji… Que quatre en l’air… Et l’air : pas plus agité que la sieste d’un mexicain sous son sombréro… Tiens ! Michel rejoint le Mont Mou par les mines. Vu les conditions je vais tenter la plaine. On devrait se retrouver à la dernière crête avant de rejoindre le grand méchant Kato ! »
La crête ! Nous y voilà, en plus de Michel il y a un bel aigle qui semble garder le passage. Et il a refoulé plus d’un parapentiste ! Dans ce cas c’est l’atterro dit de « la porcherie ». Rien que le nom, c’est tout un programme… S’en suit une bordée de « si j’avais… j’aurais pu… j’aurais dû… le plafond pas assez ceci… le rendement pas assez cela… trop travers de toutes façons… » Puis la formule plus synthétique mais tellement plus juste : « quel con ! ». Mais cette fois ci, l’aigle dégage sur la droite avec un petit clin d’œil et un claquement de bec. Signe que nous pouvons passer. Un pied sur le premier barreau de l’accélérateur et c’est la transition vers le Kato. Aile dans l’aile, nous en profitons pour échanger quelques mots.
– Tout est facile!
– Incroyable, ça passe partout…
– Moi j’ai coupé le son de mon vario ; pas besoin !
– T’as raison, aujourd’hui on peut piloter aux fesses. C’est au poil !
– Bon, on continue ?
– Je veux !
– C’est quoi après Bourail ?
– Poya.
– Alors rendez-vous à Poya !
– Ouais, dis-moi, tu avais vu ce cumulus musculus biscotus au-dessus de nos têtes ?
*
Ce sont des idées similaires qui circulent sous le casque de Gabriel : « Que c’est bon de se retrouver seul au milieu de ce grand rien ! Je viens de passer la crête des dinosaures et je n’ai rien perdu depuis le déco. J’ai même gagné quelques mètres et suis passé à 800. Sans rien faire, sans enrouler… Quel temps ! Il y en a qui vont l’avoir mauvaise… Il faut dire que le coup de ne prévenir que quatre personnes pour une journée pareille, ça sent le règlement de compte. Mais qui peut, à ce point, en vouloir à qui ? Personne n’avait l’air de dissimuler quoi que ce soit sur le parking. Drôle de situation…
Mais, bon… Profitons de ce cadeau de la nature ; ce ne sera pas tous les jours que nous pourrons dessiner de si belles traces avec nos GPS. Gadji n’est pas loin. La question est : après, je vais où ? Méfiance quand même ; il y a un bon gros cum. qui gonfle les joues et les pectoraux au-dessus de mon aile. On ne va pas le déranger celui-là… Essayons d’aller jouer ailleurs… »
*
Paul aussi se régale : « Hé, hé ! Machine à laver ? S’ils en ont mise une sur le chapeau de gendarme, je veux bien m’y poser… En attendant, la transition au-dessus de la Dumbéa s’est étonnamment bien passée. Si la bascule au secteur Ouest, prévue vers 14h, est au rendez-vous, c’est du cap N’Dua qu’il faudra que je fasse du stop pour rentrer !
Oups, quoique… Le +9 sur mon vario et le boursouflux cumulus qui cache mon soleil risquent bien de calmer mes ardeurs… »

IV
Mais qu’est-ce que c’était que ce nuage ? Neuf minutes chrono dans le coton. A peine si je voyais encore mon aile se chiffonner dans la bruine. J’ai bien aimé, aussi, les petits craquements secs dans ma sellette quand les suspentes se chargeaient de givre. Tout à fait charmant. Noël avant Noël…
Mais bon, je commence à voir le sol sous mes pieds. Quel soulagement ! C’est apaisant d’entrevoir le cul d’une vache ! Et cette radio qui n’a plus de batterie, ce GPS devenu fou et ma boussole couverte de buée… Mais maintenant que mes yeux peuvent voir, j’ai du mal à les croire… Michel, Gabriel, Paul et ma pomme sortons ensemble du brouillard…
– Hé !
– Oh !
– Oups…
– Ouanamacha !!!
Tous les quatre… Nous sommes sortis tous les quatre ensembles du même nuage… On a commencé dans le bizarre mais là, on est carrément dans l’impossible ! Nous ne cherchons même pas à nous contacter par radio. Trop de choses à se dire. Ca attendra l’atterro…
L’atterro justement, un beau champ d’herbe jaune semble nous tendre les bras au bord de la RT1. Nous avons tous eu notre part d’émotion pour aujourd’hui et c’est en escadrille que nous faisons notre finale. Gabriel se pose en premier puis c’est Michel et c’est enfin mon tour, la brise est levée mais le terrain est sain, la pose est douce. Juste derrière, Paul arrondit et nos huit pieds son enfin sur le plancher des vaches. La lumière du soir est apaisante.
Chacun brasse son aile puis nous nous rassemblons. Les premiers échanges d’impressions après un vol sont toujours surprenants : chacun semble avoir évolué dans une masse d’air différente. Certains l’auront trouvée calme pendant que d’autre se sont posés parce qu’ils la trouvaient trop instable, voire dangereuse. Il parait que cela dépend du niveau de pilotage (mais ce qui a été bu la veille doit aussi être pris en considération). Aujourd’hui, les conditions étaient au top, nous en convenons tous. Mais c’est surtout la sensation de malaise qui nous unit. Un faisceau de bizarreries qui finissait par fleurir en bouquet d’inquiétude : quatre au déco, des conditions tellement idéales que même les manuels n’en font pas état, nos instruments qui se brouillent et ce nuage qui nous a extrait du monde… Pour mieux nous réunir. On se croyait alors au bout de nos surprises mais il y eût encore matière à transformer l’inquiétude en effroi…
Quand Gabriel pointe du doigt le panneau qui borde la route, le silence devient aussi lourd que le troupeau de bœufs qui nous entoure…Koumac… On se regarde… On regarde le panneau… On se regarde… On le regarde…On ne regarde plus rien. Ça pourrait-être une belle performance ; nous devrions être très fiers de ce cross. Du jamais vu en Nouvelle-Calédonie ! Sauf qu’une belle victoire ça se raconte. Et là, il n’y a rien à raconter. Dans ces cas-là, Le mieux est sans doute de se taire… Qui pourrait croire une histoire pareille ?
Se taire… ce n’est peut-être pas pour tout de suite. Deux 4L et un J7 bleus s’arrêtent sur le bas-côté de la route. Gyrophares allumés.

V
– Gendarmerie nationale, bonjour messieurs. Veuillez présenter les papiers afférents à la mise en circulation de vos véhicules s’il vous plait !
Gabriel explique qu’il ne s’agit que d’une activité sportive et qu’un parapente ne requiert pas de papier particulier. Pour prouver notre bonne foi, il cherche même son portable afin de faire lire le message de rendez-vous aux gendarmes.
– Posez votre arme ou nous tirons !
– Ce n’est pas une arme…
– Détonateur à distance ! Tout le monde à terre !
– C’est mon téléphone…
– Sans fil ? Vous tenez vraiment à faire le petit malin ! Au poste ! Ca occupera le brigadier de permanence.
Surréaliste… En entendant la conversation, j’ai regardé les véhicules : un J7 et deux 4L. Les uniformes aussi : le képi désuet et le gros ceinturon en cuir avec matraque apparente comme Guignol… Ils semblaient un peu décalés ces gendarmes de Koumac. Le pire, en arrivant à la gendarmerie, fut de constater que c’était toujours la photo du général De Gaulle qui tenait la place du président… Et puis sur le bureau on pouvait voir une machine à écrire et un téléphone gris à cadran rond perforé… En dessous, une bouteille de Beaujolais finissante.
J’ai soudain pensé à un film du nom d’un porte-avions (Le Nimitz), qui sombrait dans un vortex spatio-temporel, le plongeant subitement devant Pearl Harbor à la veille de l’attaque japonaise du 7 décembre… Il m’apparût que le nuage avait peut-être été notre vortex.
*
Comme promis, on nous a mis au trou. On ne voyait que le ciel depuis la lucarne mais on voyait tout par la grille qui nous séparait d’avec le bureau du brigadier. Nous étions tous passés devant lui pour faire notre déposition. Et tous, nous avions raconté la même histoire. Il semblait ne rien y comprendre. Nous faisait épeler des mots tel que ; portable, site météo, parapente. Tout semblait étrange. Pour lui comme pour nous. Puis il avait fini par nous boucler au frais et avait appelé l’armée. Sait-on jamais…
Il y eût des bruits de voitures dehors, beaucoup de monde. Les militaires venaient, sans doute, s’enquérir du potentiel débarquement d’un commando soviétique venu espionner une des bases avancées de la France dans le pacifique. « On l’avait pourtant bien dit qu’il fallait détruire ce « Spoutnik », qu’un jour il en sortirait des bombes atomiques ou des forces spéciales. On l’avait bien dit ! » Voilà les paroles que nous pouvions saisir depuis notre cellule. Un relent de guerre froide…
En tendant mieux l’oreille, il devint évident que nous connaissions ces voix. Elles nous avaient accompagnés dans nos meilleurs moments de vols. Comme dans les pires… En guise de militaires, nous avons vu débarquer la quasi-totalité du club de parapente ! Déguisés sixties histoire de mieux coller à l’effigie du général ! Et ils brandissaient un faux panneau d’indication avec marqué « Koumac » dessus… Les vaches, ils nous avaient bien eus…
Tout s’expliquait ; Koumac n’était en fait qu’un champ de la Tamoa, le SMS venait de Théo qui s’était mis en appel masqué pour l’occasion, nos instruments étaient tombés en panne dans le nuage à cause du froid quant aux conditions exceptionnelles, elles correspondaient à une situation pré cyclonique. Et la « gendarmerie de Koumac » ! Montée de toute pièce ! Ce n’est que la maison du président d’une association de collectionneurs de vieilles voitures (dont un des membres est au club de parapente). Ils se sont pris au jeu et ont poussé le souci du détail jusqu’à revêtir des costumes d’époque !
La grille de notre cellule en carton-pâte allait s’ouvrir et nous allions enfin pouvoir nous raccrocher au monde rationnel et cartésien… Et boire un coup. Deux ? Deux. On entendait déjà, au loin, le doux bruit des canettes qui tintinnabulaient en s’entrechoquant avec des glaçons dans une touque aussi volumineuse que les rires qui allaient traverser cette soirée parapentesque. Sacré Théo ; dire que c’est lui qui a organisé tout ça !
La situation a retrouvé une apparence rassurante et rationnelle. Tout le monde pouvait y croire. Comme à son habitude, Théo a bien travaillé la mise en scène.
Ne vous y fiez pas…
*
12 décembre 2017.
La grille va s’ouvrir… Je viens de finir de rédiger notre histoire…
Une histoire que Théo avait jalonnée d’indices pour que certains devinent, sachent, se préparent… Mais ce qu’il y avait à comprendre était si terrible que nous n’avons pas voulu le voir.
Effectivement, en y regardant de plus près ; Il n’y a aucune raison pour que nous soyons sortis du nuage ensemble et au même endroit. Nos prénoms sont ceux d’archanges, d’évangélistes, d’apôtres. Nos instruments qui se sont brouillés alors qu’ils sont conçus pour encaisser des températures de 20 degrés au-dessous de zéro. Notre entrée dans le nuage vers midi et la lumière du soir en en sortant (en neuf minutes). Et puis, la couleur de nos sacs : le blanc, le rouge, le noir et le vert.
Les quatre couleurs des quatre cavaliers ; de l’apocalypse…
Et Théo, l’organisateur… Un prénom dont le sens aurait dû, à lui seul, nous faire comprendre que cette histoire était la dernière…
*
La grille va s’ouvrir… Pierre s’approche avec un gros trousseau de clés. J’ai tout juste le temps de publier cette histoire sur le blog du club. Pour que vous sachiez, que vous vous prépariez…
« Et j’ai vu qu’un des cavaliers avait ouvert un sceau, et j’ai entendu, comme si j’entendais le son du tonnerre, une des quatre bêtes qui me disait :” viens et regarde “
Et j’ai vu sur un cheval blanc un cavalier qui tenait un arc. Une couronne venait de lui être accordée et il partit pour conquérir
Et quand il ouvrit le deuxième sceau, j’ai entendu la deuxième bête dire :” Viens et regarde “
Et un autre apparut sur un cheval rouge : il reçut le pouvoir d’enlever la paix de la terre pour que les êtres humains se déchirent entre eux. Et il reçut une épée.
Et quand il ouvrit le troisième sceau, j’ai entendu la bête dire :” viens et regarde “. Et j’ai vu un cavalier sur un cheval noir; Et il tenait entre ses mains une paire de balances.
Et j’ai entendu une voix, qui provenait de la créature dire : une mesure de blé pour un penny, et trois mesure d’orge pour un penny; Et les huiles et le vin seront pas touchés
Et quand il a ouvert le quatrième sceau, j’entendis la voix de la quatrième créature dire :” viens et regarde “
Et j’ai regardé, et sur un cheval verdâtre se dressait la mort et l’enfer le suivait. Le pouvoir de tuer avec l’épée et par la famine toutes les créatures de la terre. »

Apocalypse chapitre 6 versets 1 à 8

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Bon, l’idée, en gros, c’est qu’il ne faut pas aller dans les nuages !

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